michel Brunel     plaque Michel Brunel

Eloge funèbre de l’adjudant-chef (ER) Michel Brunel

Mon cher Michel,

Nous sommes rassemblés aujourd’hui autour de Marie, de tes enfants et beaux-enfants, de ta maman et de tous tes proches, pour t’accompagner, en un ultime hommage après une vie si bien remplie et ces derniers mois si douloureux que tu as affrontés avec un courage et une dignité exemplaires. Avec toi, c’est évidemment une existence qui s’efface, c’est aussi un pan important de la mémoire des transmissions parachutistes qui nous quitte.

Comment évoquer en si peu de temps une personnalité aussi riche, animée de surcroît par l’exigence de la rigueur, de l’amitié, de la fidélité et de la générosité ? Comme me l’a d’ailleurs fait observer l’un de tes plus proches camarades, « c’est tellement difficile de le résumer par des mots »…

Mais les mots sont nombreux. Ils ont un sens précis et nous aiderons à tracer, aussi fidèlement que possible, le portrait de l’homme, du parachutiste et de l’ami que tu as été pour tout un chacun.

Ce qui s’impose à mon esprit, dans cet instant et avec une force exceptionnelle, c’est d’abord que tu as été un soldat de France, un parachutiste, engagé sur bien des théâtres d’opérations, notamment sur ce continent africain que tu aimais tant, avec une mention spéciale pour le Cameroun où tu as exercé avec talent les fonctions d’adjoint à l’attaché de défense. Tu étais un soldat qui avait la passion du service des autres et d’abord de ton pays.

C’était une passion exigeante, que tu t’es toujours évertué à transmettre aux plus jeunes. Homme de conviction, tu brillais par ta pugnacité, celle qui t’a permis, par l’effort, de conduire une carrière exceptionnelle. Homme de cœur, tu t’imposais par l’écoute d’autrui avec patience et humilité. Homme de devoir, tu as été un spécialiste radio parmi les plus talentueux de ta génération.

Tu savais partager, accompagner, faire plaisir, aider, mais aussi tirer les autres vers le haut, les sortir de leur zone de confort, leur faire sentir l’impérieuse nécessité de la rigueur qu’impose le métier des armes, mais aussi la nécessaire cohésion qu’exige la dureté des opérations.

C’est ainsi que tu es devenu un président des sous-officiers respecté et admiré de la 14ème Compagnie de transmissions parachutistes puis de la 11ème Compagnie de commandement et de transmissions parachutiste, tes unités de cœur auxquelles tu as tant donné, chacun peut en témoigner, et qui, je crois, te l’ont bien rendu.

J’ai su que ton livre préféré était : « Le désert des tartares », de Dino Buzatti, qui dit l’attente des combats, les vaines promesses de gloire et de reconnaissance, la fuite du temps, la résilience du soldat face à l’inaction, les grandeurs et les servitudes du métier de soldat, l’éloignement des siens, l’espoir de retrouvailles rêvées et parfois déçues. Il te décrit mieux que je ne saurais le faire…

Au-delà du soldat, je n’oublie pas l’homme. L’homme de cœur, de fidélité et d’amitié. Cette amitié indéfectible qui te rendra éternellement présent dans la mémoire de ceux à qui tu as donné un jour ta confiance.

Cette chaleur humaine également, qui, irradiant naturellement, tissait des solidarités, suscitait l’envie d’être ensemble, créait les occasions de rencontre, fédérait les énergies, les expériences et les mémoires.

Homme de fidélité, disais-je, d’abord à ton pays, à ta famille, à tes amis et à tout ce qui t’a fait un jour devenir soldat.

Fidélité à tes idées aussi, exprimées avec conviction mais sans excès, à tes passions également, le rugby, la pétanque et la littérature, à tes principes moraux, enfin, qui ont constitué ton armature, auxquels tu n’as jamais dérogé et qui ont fait de toi le Michel Brunel que nous aimons tous.

Je pense enfin à l’ami attentionné, exigeant aussi, qui nous a fait nous retrouver très régulièrement avec une joie sans cesse renouvelée durant ces quarante années d’aventures communes.

Chacun se souvient de ton œil pétillant de malice et de vivacité intellectuelle, ton sourire en coin qui nous montrait que jamais tu n’étais dupe du cinéma des uns et des autres, ton rire aussi, véritable hymne à la vie !

Et puis cette ouverture au monde, à autrui, cette curiosité insatiable, cette envie d’aller vers l’autre, sans cesse. Cette amitié s’est forgée dans les rigueurs de la vie militaire, l’exaltation des moments de franche cohésion, la sueur des marches commandos ou des crapahuts pyrénéens, les nuits glacées de Caylus, l’odeur du kérosène, le claquement des parachutes, et nos voies mêlées dans la nuit, en un chant parfait qui disait surtout notre joie d’être ensemble.

Merci Michel, pour tout cela. Tu as fait honneur à la France, à son armée de terre et aux transmissions parachutistes. Tes camarades béret rouge, présents nombreux aujourd’hui, se sont rassemblés comme un seul homme pour cet ultime hommage que tu sais sincère.

Nous avons coutume de dire qu’un parachutiste ne meurt jamais, poursuivant son existence dans la mémoire et le cœur de ses frères d’armes, mais aussi de tous ceux qui l’ont aimé et apprécié. Marie saura prolonger cette amitié, nous en sommes tous ici convaincus, et nous serons en tout cas toujours là pour l’accompagner désormais.

Car restent, pour l’heure, la détresse infinie d’une famille, l’incompréhension douloureuse des proches, l’insondable tristesse des amis mais aussi, déjà, le goût doux-amer des souvenirs, de tes sourires, de tes passions, de tes fidélités.

Bientôt viendra s’esquisser aussi un sourire, celui que nous te devons tous ici aujourd’hui, et pour moi celui du respect mutuel, de la fraternité d’armes, des joies partagées, des épreuves surmontées, celui de l’amitié.

Adieu, mon cher Michel ! Nous te savons suffisamment fort pour, suivant l’exemple des parachutistes commandos de la deuxième guerre mondiale, regarder la terre sans rougir et le ciel sans pâlir.

Que Saint-Michel te garde !

Général de corps d’armée (2S) Philippe Pontiès

 

Janvier 2022
D L Ma Me J V S
1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30 31
29 Sep 2022;
Saint Michel